Chien qui respire bruyamment : est-ce une paralysie laryngée ?

Comprendre la paralysie laryngée et la chirurgie qui permet de l’améliorer
La respiration de votre chien est devenue plus bruyante? Son aboiement a changé, il tolère moins bien les promenades ou semble rapidement incommodé par la chaleur? Ces signes souvent attribués à l’âge ou à une baisse d’énergie peuvent aussi être associés à une paralysie laryngée.
La paralysie laryngée touche surtout les chiens âgés de moyenne ou de grande taille, mais elle peut aussi être congénitale ou héréditaire et se manifester chez de jeunes animaux.
Heureusement, une meilleure compréhension de la maladie permet de reconnaître les signes plus tôt, d’éviter certaines situations à risque et, lorsque c’est indiqué, d’améliorer considérablement la respiration et la qualité de vie du patient.

La paralysie laryngée est généralement acquise et apparaît progressivement avec le vieillissement. Plus rarement, elle peut être congénitale ou héréditaire et se manifester dès les premiers mois ou les premières années de vie.
Des formes juvéniles ont notamment été rapportées chez certaines lignées de Bouviers des Flandres, de Huskys sibériens ou d’Alaska, de Dalmatiens, de Terriers noirs russes, de Rottweilers et d’American Staffordshire Terriers.
Chez ces jeunes patients, l’atteinte peut être limitée au larynx, mais elle fait parfois partie d’une polyneuropathie, soit une maladie touchant plusieurs nerfs. Des difficultés respiratoires peuvent alors être accompagnées d’une faiblesse des membres, d’une démarche anormale ou d’une diminution de la coordination.
Le larynx se trouve à l’entrée de la trachée. On peut l’imaginer comme une porte qui contrôle ce qui entre, ou n’entre pas, dans les voies respiratoires.
Quand le chien inspire, deux petits cartilages appelés les aryténoïdes s’écartent afin de laisser passer l’air. Lorsqu’il avale, le larynx participe plutôt à la protection des voies respiratoires en refermant les aryténoïdes, afin d’éviter que la nourriture et l’eau se retrouvent dans les poumons.
Il joue donc trois rôles essentiels :
permettre le passage de l’air;
protéger les poumons pendant la déglutition;
participer à la production des vocalisations.
En présence d’une paralysie laryngée, les nerfs et les muscles responsables de l’ouverture des aryténoïdes ne fonctionnent plus correctement. La « porte » demeure alors partiellement fermée lors de l’inspiration, et l’air doit passer par une ouverture beaucoup plus étroite. C’est un peu comme tenter de respirer à travers une paille : au repos, cela peut être tolérable, mais dès que le chien s’active ou s’excite, la situation peut rapidement devenir problématique.

Quels sont les signes de paralysie laryngée?
La maladie évolue généralement de façon progressive. Les premiers changements peuvent donc être subtils et facilement attribués au vieillissement.
Les signes les plus fréquents comprennent :
une respiration forte, rauque ou sifflante;
un changement dans le son de l’aboiement;
un halètement plus bruyant qu’auparavant;
une diminution de la tolérance à l’exercice;
une intolérance marquée à la chaleur;
de la toux ou des haut-le-cœur pendant les repas;
des difficultés à avaler;
de la régurgitation;
une fatigue inhabituelle ou un ralentissement général.
Chez certains chiens, une faiblesse des membres pelviens ou une démarche moins coordonnée apparaît également avec le temps.
Ce dernier élément s’explique par le fait que la paralysie laryngée acquise est souvent l’une des premières manifestations d’une maladie neurologique plus généralisée appelée GOLPP (Geriatric Onset Laryngeal Paralysis Polyneuropathy), soit la polyneuropathie gériatrique associée à la paralysie laryngée. Les nerfs du larynx sont souvent les premiers à montrer des signes, mais ceux responsables de la fonction de l’œsophage et des membres peuvent aussi être touchés progressivement.
Quand la situation devient-elle urgente?
Consultez immédiatement un service vétérinaire d’urgence si votre chien présente :
une respiration très laborieuse;
des gencives ou une langue bleutées ou violacées;
une incapacité à se calmer ou à se coucher;
une faiblesse soudaine;
une perte de conscience ou un effondrement.
Comment établit-on le diagnostic?
Le diagnostic est confirmé en observant directement le mouvement des cartilages du larynx sous une sédation profonde soigneusement contrôlée.
Le patient doit être suffisamment sédaté pour permettre une bonne visualisation du fond de sa gueule, tout en conservant une respiration spontanée. Le vétérinaire peut alors vérifier si les cartilages aryténoïdes s’ouvrent normalement pendant l’inspiration. La profondeur de la sédation et le choix des médicaments sont importants, puisque certains agents peuvent diminuer artificiellement les mouvements du larynx et compliquer l’interprétation de l’examen.
Une investigation complète peut également comprendre un examen physique et neurologique, des analyses sanguines et des radiographies du thorax afin d’évaluer s’il y a présence de pneumonie par aspiration.
Le traitement chirurgical: la latéralisation aryténoïdienne unilatérale
Lorsque la respiration du patient est significativement compromise, le traitement chirurgical le plus couramment recommandé est la latéralisation aryténoïdienne unilatérale, aussi appelée « tie-back ».
Durant cette chirurgie, le chirurgien place une suture permanente afin de maintenir l’un des deux cartilages aryténoïdes en position ouverte. Un seul côté est opéré : cette ouverture est généralement suffisante pour améliorer considérablement le passage de l’air, tout en limitant autant que possible le risque que de la nourriture ou de l’eau pénètre dans les voies respiratoires.
La chirurgie ne répare donc pas les nerfs du larynx et ne guérit pas la polyneuropathie sous-jacente. Elle crée plutôt une ouverture permanente qui permet au chien de respirer plus facilement et réduit le risque de nouvelles crises respiratoires. Chez plusieurs patients, l’amélioration est rapide et marquée.
Quels sont les risques de la chirurgie?
Le risque le plus important est la pneumonie par aspiration.
Puisqu’un côté du larynx demeure ouvert en permanence, de petites quantités de nourriture, d’eau ou de liquide régurgité peuvent accidentellement se retrouver dans les poumons. Ce risque existe déjà chez certains chiens atteints de paralysie laryngée, mais demeure présent toute leur vie après la chirurgie.
Les signes à surveiller comprennent :
une toux persistante ou soudaine;
de la fièvre;
une perte d’appétit;
un abattement inhabituel;
une respiration plus rapide ou difficile;
des écoulements nasaux.
Une toux légère et occasionnelle pendant les repas peut survenir après un « tie-back ». Une toux persistante, accompagnée d’un changement de l’état général, nécessite toutefois une consultation vétérinaire rapide.
D’autres complications sont possibles, mais moins fréquentes : accumulation de liquide sous l’incision, infection, modification permanente de la voix ou rupture de la fixation chirurgicale.
La vie après un « tie-back »
Après la chirurgie, certaines habitudes doivent être adaptées afin de protéger les voies respiratoires et de favoriser la guérison.
Selon les recommandations du chirurgien, il faudra notamment :
utiliser un harnais pour les promenades;
limiter l’activité et les aboiements pendant la guérison;
offrir de petits repas plusieurs fois par jour;
surveiller la toux pendant les repas;
offrir de petites quantités d’eau à la fois si nécessaire;
maintenir un poids santé;
éviter la baignade.
La baignade n’est plus autorisée et ce, pour toute la vie du patient suivant la chirurgie, puisque le larynx ne peut plus se fermer normalement. Le risque de pneumonie par aspiration est donc exacerbé lors de baignade.
Quel est le pronostic?
Malgré les risques associés à la procédure, la majorité des chiens respirent beaucoup plus facilement après la chirurgie et retrouvent une meilleure tolérance aux promenades, à l’activité et aux températures plus chaudes. C’est donc une chirurgie qui améliore nettement la qualité de vie!
Une surveillance à long terme demeure essentielle, puisque la chirurgie améliore l’ouverture des voies respiratoires sans arrêter la progression possible de la GOLPP. Chaque patient évolue toutefois à son propre rythme, mais profitent en général d’une excellente qualité de vie.
Un diagnostic précoce permet d’adapter les activités du chien, de prévenir les crises respiratoires et de déterminer le meilleur moment pour intervenir. Lorsque la chirurgie est indiquée, le « tie-back » peut faire une différence considérable.
Références
American College of Veterinary Surgeons. Laryngeal Paralysis.
Cornell University College of Veterinary Medicine. Laryngeal Paralysis.
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Shubert MP, Ganjei JB. Outcome following elective unilateral arytenoid lateralization performed in an outpatient manner is comparable to hospitalization for dogs with laryngeal paralysis. JAVMA, 2023



















